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Maladie de Parkinson : À la recherche d’un biomarqueur

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Publié le mardi, 19 septembre 2017

La maladie de Parkinson est une maladie insidieuse : lorsqu’elle se manifeste, par les dysfonctionnements moteurs caractéristiques comme les tremblements ou la rigidité musculaire, des parties du cerveau ont déjà été irréversiblement détruites. À ce stade, la maladie a déjà commencé plusieurs décennies auparavant.

À la recherche de signes avant-coureurs de la maladie, des chercheurs dirigés par le prof. Paul Wilmes, directeur du groupe Eco-Systems Biology au Luxembourg Centre for Systems Biomedicine (LCSB) de l’Université du Luxembourg, pourraient en avoir trouvé un dans l’intestin : ils ont montré que la communauté bactérienne dans l’intestin des patients atteints de maladie de Parkinson diffère de celle des personnes en bonne santé, même à un stade très précoce de la maladie. Les chercheurs présentent leurs résultats dans la revue scientifique « Movement Disorders ».

Les experts discutent depuis longtemps la notion selon laquelle la maladie de Parkinson prendrait naissance loin du cerveau. Selon l’hypothèse dite « dual hit », un agent pathogène encore inconnu pénètrerait dans le corps par deux points d’entrée : le nez et le tractus gastro-intestinal. De là, il déclenche un processus pathologique, en particulier le pliage anormal de la protéine alpha-synucléine. On ignore encore la fonction exacte de cette protéine. Entre autres choses, on présume qu’elle participe à l’excrétion des neurotransmetteurs tels que la dopamine. Ces protéines présentant une configuration anormale pourraient se propager dans les voies nerveuses, formant, des décennies plus tard, des agrégats dans les cellules dopaminergiques, appelés corps de Lewy, caractéristiques de la maladie de Parkinson. Les cellules nerveuses commencent alors à mourir, et les symptômes caractéristiques de la maladie de Parkinson apparaissent.

Un nouveau point de départ pour un traitement précoce de la maladie

Les chercheurs sous la direction du Prof. Wilmes, en collaboration avec les professeurs Brit Mollenhauer et Wolfgang Oertel et leurs équipes à Göttingen, à Kassel et à Marbourg, ont cherché à savoir si, aux stades précoces, la maladie a un impact sur la communauté bactérienne, le microbiome, aux deux points d’entrée possibles. Ils ont prélevé des échantillons au niveau du nez et des intestins de 76 patients atteints de la maladie de Parkinson et de 78 témoins en bonne santé participant à une étude à long terme. Ils ont aussi examiné le microbiome de 21 sujets ayant reçu un diagnostic de trouble idiopathique du comportement en sommeil paradoxal (TCSP idiopathique). Les personnes présentant un tel trouble ont un risque considérablement accru de développer la maladie de Parkinson plus tard au cours de leur vie.

Il s’est avéré que la communauté bactérienne dans l’intestin différait considérablement d’un groupe à l’autre. « Les patients atteints de maladie de Parkinson se distinguaient des témoins en bonne santé par leurs bactéries intestinales », a expliqué le premier auteur, le Dr Anna Heintz-Buschart, du groupe Eco-Systems Biology. Et la majorité des bactéries qui différaient chez les patients parkinsoniens affichaient des tendances semblables dans le groupe des patients atteints de TCSP idiopathique. Par exemple, certains germes étaient plus fréquents dans un groupe, tandis que leur nombre était inférieur dans les autres. Dans les échantillons prélevés dans les cavités nasales des participants, les chercheurs n’ont par contre pas observé ces différences. L’étude a aussi révélé que certaines bactéries intestinales étaient associées à des symptômes non moteurs de la maladie de Parkinson, par exemple la dépression.

« Nous espérons qu’en comparant les groupes, nous arriverons à mieux comprendre le rôle du microbiome dans le processus pathologique et découvrirons quels changements se produisent et à quel moment », explique Paul Wilmes. « Cela pourrait constituer un nouveau point de départ pour un traitement précoce de la maladie. Ces connaissances pourraient aussi être essentielles pour un jour être en mesure d’utiliser l’absence ou la présence de certaines bactéries comme biomarqueur pour détecter la maladie de façon précoce. »

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En dehors des chercheurs du LCSB, des scientifiques du Paracelsus-Elena-Klinik à Kassel, le département de neurologie de la Philipps Univeresität à Marbourg et le département de neurologie et de neuropathologie du University Medical Center Göttingen ont participé à l’étude.
Ces travaux ont été soutenus par le Club Rotary Luxembourg dans le cadre de son programme « Espoir en tête », par le Fonds National de la Recherche du Luxembourg (FNR) et par la German Research Foundation (DFG).

Anna Heintz-Buschart, Paul Wilmes et al. The nasal and gut microbiome in Parkinson's disease and idiopathic rapid eye movement sleep behaviour disorder; in: Movement disorders : official journal of the Movement Disorder Society; DOI: 10.1002/mds.27105

Photo : La maladie de Parkinson pourrait trouver ses origines en dehors du cerveau.