Paperjam - 26.02.2021

BRIDGES ET IAS: 18 projets de la recherche qui gagne

Le Fonds national de la recherche et l’Université du Luxembourg ont annoncé, dans deux types de financement différents, la sélection de 18 projets de recherche aux avant-postes de la société de demain. Catalogue.

Le nerf de la guerre, c’est l’argent. Au Luxembourg, comme ailleurs, mais dans la recherche particulièrement. Les financements permettent aux meilleurs chercheurs de travailler dans les meilleures conditions. Et comme le Luxembourg veut remplir ses obligations nées du traité de Lisbonne, il est en position idéale pour s’assurer la présence des acteurs et des projets sur son sol.

Les deux dernières communications, du Fonds national de la recherche, d’un côté, avec les 12 projets retenus pour Bridges (avec l’Université et le List) et 4,1 millions d’euros, et de l’Université du Luxembourg avec les six projets retenus dans le cadre du programme Audacity de son Institute for Advanced Studies, donnent un aperçu du champ embrassé par les chercheurs de pointe.

Exemples avec les six projets dévoilés jeudi.

- Crimtyp sur l’avenir du phénotypage médico-légal: au cours des 15 dernières années, le séquençage de l’ADN a révolutionné la recherche en génétique humaine. Il est désormais possible de séquencer un génome humain complet de manière économique et efficace. Très utile pour le phénotypage médico-légal – c’est-à-dire la détermination des caractéristiques observables d’une personne qui a laissé des traces de son ADN sur une scène de crime –, ainsi que pour l’étude des changements phénotypiques héréditaires, pour résoudre des crimes. Ces indications sur la couleur des cheveux, de la peau et des yeux, ou encore l’âge, l’ascendance biogéographique, l’origine géographique, la parenté, la lignée, le comportement et les maladies génétiques du potentiel délinquant ouvrent des questions juridiques sans précédent.

 - Cameos, le microbiote associé au cancer: la communauté des micro-organismes vivant sur et dans le corps humain pourrait influencer et potentiellement réguler la progression du cancer, ce qui aurait un impact crucial sur le choix et l’efficacité des approches diagnostiques et thérapeutiques.

- W@W, le bien-être au travail: avant la pandémie, la recherche sur les droits fondamentaux et le bien-être des employés se concentrait sur les préoccupations liées à la numérisation, conditionnées par l’automatisation omniprésente des espaces de travail et l’émergence de formes technologiques de travail. Cet objectif s’est élargi avec la pandémie. La surexposition au travail que vivent des travailleurs essentiels, ainsi que la suspension ou le télétravail ont initié un changement radical du paradigme du travail: le lieu de travail tel que nous le connaissions a disparu de façon inattendue, laissant les employés et les employeurs sans point de repère stable. Les décideurs politiques tentent d’aborder ces changements rapidement en envisageant l’introduction de nouvelles lois. Le projet W@W vise à soutenir les décideurs politiques avec des preuves empiriques concernant l’impact de ces changements sur la régulation du travail, de la santé et du bien-être des travailleurs tout au long de la vie professionnelle.

- Emuleg sur la gouvernance de la politique monétaire: le rôle de la Banque centrale européenne (BCE) dans la politique monétaire et dans la réglementation et la politique de l’Union européenne (UE) a fondamentalement changé au cours de la dernière décennie. À l’instar de la crise de la dette souveraine, la BCE est à nouveau en première place des réponses économiques en 2020, qui sont essentielles pour préserver la zone euro et l’UE elle-même. Si elle a jusqu’à présent réussi, l’évolution du processus décisionnel de la BCE reste problématique en termes de légitimité. Le projet Emuleg propose de redéfinir le cadre institutionnel de l’Union économique et monétaire. Il analyse si l’indépendance de la BCE est trop élevée compte tenu de la polarisation croissante des opinions sur ses politiques et de l’importance croissante de ses décisions, et s’il existe de meilleures alternatives pour rééquilibrer l’indépendance et la légitimité démocratique.

- Transcend, transformer la navigation autonome, la robotique en essaim et la construction en encodant les données en surface: le projet vise à créer les bases d’une infrastructure qui n’existe pas encore, mais qui sera indispensable pour suivre les tendances émergentes en robotique et en automatisation. La vision à long terme est de permettre la cohabitation en toute sécurité des robots et des humains dans des contextes quotidiens, de l’intimité du chez-soi aux chantiers de construction et aux paysages urbains. Au cœur se trouvent les optiques des réflecteurs sphériques cholestériques (RSC). Ils reflètent la lumière ultraviolette (UV) ou infrarouge (IR) invisible dans toutes les directions, ce qui permet de les détecter de n’importe quelle position, même dans des environnements complexes et dynamiques, sans faux positifs. L’équipe du projet enduira les surfaces avec des marqueurs fiduciaires induits de RSC – des codes QR invisibles – qui relient le monde physique à sa représentation numérique. Ceci permettant une communication de machine à machine et d’environnement à machine qui est fiable, peu coûteuse et économe en énergie. Cette technologie aidera à la navigation et à l’optimisation des trajectoires en temps réel pour les robots, la construction assistée par robot, et la déconstruction et le recyclage responsables, en soutenant l’économie circulaire.

- Idea, analyse intégrée de données sur l’épilepsie: dans ce quatrième trouble neurologique le plus fréquent, caractérisé par des crises récurrentes et des caractéristiques cliniques plutôt hétérogènes, 30% des patients ne répondent pas aux traitements disponibles. Pour relever ce défi, le projet Idea développera de nouvelles approches pour l’intégration des données biomédicales. Ces approches seront appliquées à des jeux de données hétérogènes sur l’épilepsie, afin de permettre une meilleure stratification des patients, c’est-à-dire la classification des patients en plusieurs sous-groupes. Le projet utilise des méthodes d’apprentissage automatique (machine learning) pour intégrer des jeux de données hétérogènes sur l’activité cérébrale, la composition du cerveau et les profils métaboliques chez différents modèles génétiques de poissons-zèbres. L’objectif est de révéler les mécanismes pathologiques sous-jacents pour identifier les liens entre génotype-phénotype. L’équipe appliquera la méthode de stratification développée, grâce au phénotypage profond réalisé chez le poisson-zèbre, à des données issues d’électroencéphalographies humaines et fournira des candidats biomarqueurs de profil métabolique, qui seront à valider via de futures études appliquées.

 

Paperjam - 26.02.2021