La vaccination croisée offre une bonne protection contre la COVID-19

  

publié le 1 septembre 2021

La vaccination croisée est maintenant recommandée par plusieurs pays. Qu'est-ce que la vaccination croisée et quels avantages présente-elle ? Nous avons demandé au Prof. Paul Wilmes, porte-parole de la Task Force COVID-19 de Research Luxembourg, de partager avec nous les dernières informations sur ce sujet.

 

Le Luxembourg autorise maintenant la vaccination croisée contre la COVID-19 sans condition particulière. Qu’est-ce que la vaccination croisée ?

La vaccination croisée ou vaccination hétérologue, également appelée vaccination mixte, est l'utilisation de deux vaccins distincts provenant de deux fabricants différents. Elle est obtenue en combinant une première dose d'un vaccin avec une seconde dose d'un autre vaccin. Dans le cas de la  COVID-19, les vaccins approuvés au sein de l'Union européenne utilisent deux technologies distinctes : les vaccins à base de vecteurs viraux (tel Vaxzevria d'AstraZeneca) et les vaccins à ARNm (comme Comirnaty de Pfizer/BioNTech ou Spikevax/mRNA-1273 de Moderna). La vaccination croisée contre le virus SARS-CoV-2 va principalement correspondre à une première injection de Vaxzevria et une seconde dose de Comirnaty ou Spikevax.

Que sait-on à ce jour de la vaccination croisée avec ces vaccins ?

Lorsque nous sommes vaccinés, notre système immunitaire réagit de deux manières différentes : il produit des anticorps et active également les lymphocytes T. Cette double réponse nous protège par la suite contre le virus. Utiliser la vaccination croisée afin de renforcer la réponse immunitaire entraînée par une première injection n'est pas une idée nouvelle. Elle a déjà été approuvée pour les vaccins contre la poliomyélite dans certains états membres de l'UE dans les années 1980 et plus récemment pour les vaccins contre le virus Ébola.

Les scientifiques sont en train de se pencher sur l’efficacité de la vaccination croisée contre la COVID-19 et en particulier contre les variants du SARS-CoV-2. Seules quelques études ont déjà été publiées mais ces premiers résultats sont très prometteurs. Une étude espagnole, récemment publiée dans The Lancet, a montré qu'une réponse immunitaire robuste était induite par la combinaison d’une première dose de Vaxzevria et d’une seconde dose de Comirnaty. Des chercheurs de l'Université de la Sarre ont par ailleurs constaté une augmentation de la réponse immunitaire lors d'une vaccination croisée avec une première dose de Vaxzevria suivie par une seconde dose de vaccins ARNm BNT162b2 (Pfizer/BioNTech) ou ARNm-1273 (Moderna).

L'étude Com-Cov menée au Royaume-Uni s’est également intéressée à la vaccination croisée inversée avec une première dose de Comirnaty et une deuxième de Vaxzevria. Les chercheurs ont constaté une amélioration similaire de la réponse immunitaire avec la vaccination croisée dans le sens habituel : Vaxzevria puis Comirnaty. Cependant, une vaccination croisée dans le sens inverse, une première injection avec Comirnaty suivie d'une deuxième avec Vaxzevria, n'a pas montré d'amélioration de la réponse immunitaire par rapport à deux doses de Comirnaty.

Les résultats les plus complets sur la protection contre les variants du SARS-CoV-2 sont à l’heure actuelle issus d’une étude allemande. Les chercheurs ont examiné l’efficacité de la vaccination croisée contre la souche Wuhan et ses variants B.1.1.7 (variant « UK » ou Alpha), B.1.351 (variant « sud-africain » ou Beta) et P1 (variant « brésilien » ou Gamma, représentant la majorité des cas au Luxembourg durant les semaines 26 et 27). Pour ces trois variants, l'augmentation de la concentration en anticorps chez les participants ayant reçu une vaccination hétérologue (Vaxzevria/Corminaty) était encore plus évidente que pour la souche Wuhan. La vaccination croisée semble donc légèrement plus efficace contre les variants que la vaccination homologue avec deux doses de Vaxzevria, en particulier pour les variants Beta et Gamma.

Quels sont les avantages de la vaccination croisée et pourquoi devrions-nous l’envisager ?

Les résultats de ces études montrent que nous pouvons bénéficier d'une protection efficace contre le SARS-CoV-2 grâce à la vaccination croisée, en particulier pour les personnes qui ont reçu une première dose de Vaxzevria. Cependant, seules quelques études sont déjà publiées, il est donc encore trop tôt pour formuler des recommandations très claires. Néanmoins, tant du point de vue de l'efficacité que de la sécurité, rien ne s'oppose à la vaccination croisée. Dans les études sarroises et britanniques, les effets secondaires de la vaccination hétérologue étaient comparables à ceux observés après deux doses de vaccins à ARNm. Plus de la moitié des états membres de l'Union européenne, y compris le Luxembourg, ont donc déjà rendu possible la vaccination croisée.

Cependant, l'Agence européenne des médicaments (EMA) et le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) n'ont pas encore formulé de recommandations. Par conséquent, chaque pays a adopté sa propre position : à la fin du mois d'avril dernier, la Belgique (Conseil Supérieur de la Santé) ne recommandait pas la vaccination croisée. Le Luxembourg (Conseil Supérieur des Maladies Infectieuses), l'Allemagne (Ständige Impfkommission) et la France (Haute Autorité de Santé) recommandent l'utilisation d'un vaccin à ARNm après une première dose de Vaxzevria.

Comme la vaccination homologue et la vaccination hétérologue offrent toutes les deux une protection efficace contre le virus, pouvoir utiliser l’un ou l’autre des schémas vaccinaux nous permettra d'être flexibles dans l'utilisation des vaccins en cas de pénurie. La vaccination croisée permet aussi de donner un choix aux personnes qui hésitent à recevoir une deuxième dose de Vaxzevria : ils peuvent ainsi obtenir un schéma vaccinal complet via une seconde injection avec un autre vaccin, et cela aide à atteindre plus rapidement l'immunité dans le pays. En outre, la vaccination croisée pourrait permettre de protéger la population plus efficacement car la vaccination homologue avec Vaxzevria est moins efficace pour prévenir l’apparition de symptômes, en particulier pour les variants Beta et Gamma. Enfin, la vaccination hétérologue facilitera également le processus de distribution d'une troisième dose de vaccin à l'avenir.

Comment obtenir une vaccination croisée au Luxembourg ? Et à partir de quand une personne est-elle considérée comme totalement vaccinée après une vaccination croisée ?

Depuis le vendredi 9 juillet 2021, au Luxembourg, les personnes de moins de 55 ans qui ont déjà reçu une première dose de Vaxzevria et ne présentent aucun critère de vulnérabilité, reçoivent d’office une seconde dose de Comirnaty ou de Spikevax. Toutefois, il est toujours possible de recevoir une deuxième dose de Vaxzevria si vous le souhaitez. 

Au Luxembourg, vous êtes considéré comme pleinement vacciné le jour de la deuxième dose ou 14 jours après la vaccination avec une seule dose (avec le vaccin Janssen / Johnson & Johnson). En Allemagne, vous devez attendre 14 jours après la deuxième dose. Le même délai s'applique en Belgique. En France, le « pass sanitaire » est valable une semaine après la deuxième injection. Pour la vaccination mono-dose, le pass sanitaire ne devient par contre valable que 28 jours après l’injection. Le « certificat numérique COVID de l'UE » reconnaît également la vaccination croisée si elle est effectuée avec deux vaccins approuvés dans l'Union européenne. Dans ce cas, vous êtes considéré comme pleinement vacciné deux semaines après la deuxième dose.

Vous trouverez de plus amples informations sur la réglementation et la logistique de la campagne de vaccination sur la page web officielle.

 

Rencontre avec Paul Wilmes, professeur au Luxembourg Centre for Systems Biomedicine (LCSB)

Paul Wilmes est professeur au Luxembourg Centre for Systems Biomedicine (LCSB) de l'Université du Luxembourg où il dirige le groupe de recherche « Systems Ecology ». Il a obtenu son doctorat en 2006 à l'Université d'East Anglia à Norwich (Royaume-Uni), une partie de sa recherche doctorale ayant été menée à l'Institut Max Planck de Brême (Allemagne). Après un post-doctorat à l'Université de Californie à Berkeley (États-Unis), il est rentré au Luxembourg, son pays natal, début 2010 grâce au programme ATTRACT du Fonds national de la recherche (FNR). Il a d'abord établi son groupe de recherche au Centre de Recherche Public - Gabriel Lippmann avant de rejoindre le LCSB.

Il étudie principalement le rôle des communautés microbiennes, en particulier les microbiotes associés à l'homme, grâce à différentes approches issues de la biologie des systèmes. Son équipe est pionnière dans le développement de méthodologies visant à étudier les communautés microbiennes à l’échelle moléculaire dans l'espace et le temps. Elles permettent de caractériser les différentes populations microbiennes et d’établir des liens entre génétique et rôle fonctionnel. Ces mêmes approches permettent aussi d'étudier les interactions moléculaires entre le microbiote et son hôte. Dans ce contexte, l’équipe de Paul Wilmes a développé HuMiX, un modèle microfluidique in vitro de l'interface microbiote-intestin.

Paul Wilmes est l'auteur de plus de 80 publications scientifiques et participe fréquemment à des symposiums internationaux. Il est membre de plusieurs organisations scientifiques nationales et internationales et a remporté plusieurs prix pour ses travaux.

Pour en savoir plus sur Paul Wilmes.

 

 

Retourner à la série sur la vaccination COVID-19.