« Les vaccins ont permis d'éviter de nombreuses catastrophes. »

  

publié le 4 février 2021

Que pouvons-nous attendre des vaccins contre le SARS-CoV-2 ? Sont-ils comparables, notamment en matière d’efficacité, à des vaccins développés précédemment contre d'autres maladies ? Nous nous sommes entretenus avec le professeur Gilbert Massard, directeur de l'enseignement en médecine et professeur titulaire au sein du département sciences de la vie et médecine, qui nous a expliqué les avantages et le processus de développement des vaccins. 

 

En général, quel est l'avantage de la vaccination ?

Au cours du siècle dernier, il y a eu de nombreux succès avec des vaccins utilisés en réponse à des épidémies. Un exemple célèbre est celui du virus potentiellement mortel de la variole qui est considéré comme éradiqué suite à une campagne de vaccination mondiale dans les années 70. De même, la poliomyélite a été combattue avec succès par des vaccinations orales et a disparu en Europe. Il existe ainsi de nombreux exemples où la vaccination a permis d'éviter des catastrophes par le passé et encore aujourd'hui : la protection contre la grippe et la pneumonie, la prévention de diverses maladies infantiles comme la rougeole, la rubéole, la coqueluche, la diphtérie et bien d’autres, la protection contre l'hépatite B, la prévention du tétanos, et enfin du cancer du col de l'utérus grâce au vaccin contre le papillomavirus.

Nous ne pouvons pas encore dire combien de temps les nouveaux vaccins protègent contre la maladie COVID-19. Toutefois, si l'on se réfère à d’autres vaccins utilisés contre des agents pathogènes similaires, il est raisonnable de supposer que ces nouveaux vaccins confèrent une protection efficace pendant au moins plusieurs mois, voire un an. Le suivi régulier des participants aux essais cliniques nous donnera bientôt des chiffres plus précis sur cette protection à long terme qui dépend de la force de l'immunité.

Comment a-t-on déterminé l'efficacité, d'environ 95 %, des vaccins COVID-19 ? Est-elle comparable à celle d'autres vaccins ou médicaments ?

Comme tout autre médicament, ces vaccins ont été testés grâce à des essais cliniques afin de s'assurer en premier lieu qu'ils ne sont pas nocifs pour l'Homme. Leur efficacité a été testée en même temps. Au cours d’un essai clinique, on vaccine la moitié des participants avec le vrai vaccin alors que l'autre moitié reçoit le traitement habituel. Comme, dans le cas présent, il n’existe aucun autre vaccin contre le SARS-CoV-2, cette deuxième moitié des participants a reçu une vaccination placebo ne contenant pas de principe actif. Les participants ne savent en général pas à quel groupe ils appartiennent. Les deux groupes sont ensuite observés de près pour déterminer l'efficacité du vaccin. Dans le cas des nouveaux vaccins, il a été démontré que le nombre de cas graves de COVID-19 a été considérablement réduit dans le groupe ayant reçu le vrai vaccin. C’est ce qui détermine l'efficacité.

Par rapport à d'autres médicaments et vaccins, une efficacité d'environ 95% est excellente. Il existe d'autres vaccins, par exemple contre le typhus ou le choléra, dont l’efficacité est comprise entre 50 et 70 % mais dont les avantages sont tout de même clairement visibles. En outre, il est en pratique impossible d’atteindre un niveau de protection de 100 %. Même après une vaccination contre le SARS-CoV-2, certaines personnes pourront être infectées par le virus et tomber malades mais elles ne développeront très probablement pas de forme grave de la maladie.

Sur combien de personnes ces vaccins ont-ils été testés ?

Les vaccins ont été testés sur plusieurs dizaines de milliers de personnes au cours des essais cliniques. Pour le vaccin Pfizer/BioNTech, environ 35 000 personnes ont participé à la seule phase 3 des essais cliniques, et plus de 40 000 personnes dans le cas du vaccin Moderna.

Par rapport à d'autres médicaments ou vaccins, ces chiffres sont remarquablement élevés car, en général, seules quelques centaines voire quelques milliers de personnes participent à ces essais. En fait, les vaccins contre le SARS-CoV-2 ont été testés de manière plus approfondie que beaucoup d'autres médicaments et vaccins sur le marché.

Cela était nécessaire pour garantir la sécurité des vaccins car la probabilité de découvrir de possibles effets secondaires augmente avec le nombre de participants. Aucun effet secondaire inattendu ou grave n'a été observé depuis le début des tests à l'été 2020, à l'exception de quelques personnes ayant des antécédents avérés d'anaphylaxie (manifestation sévère d’une allergie).

Quels sont les effets et les effets secondaires de ces vaccins ?

Lorsque les gens pensent aux vaccins, ils pensent souvent aux effets secondaires. Ce qui est relativement fréquent, c'est une légère douleur ou un gonflement au point d'injection. Environ 5 % des personnes vaccinées peuvent également développer des maux de tête, une légère fièvre ou de la fatigue qui ne durent généralement pas plus d'un ou deux jours. Toutefois, ces effets sont souhaités et attendus car ils indiquent une réaction du système immunitaire. Ils ne doivent donc pas être confondus avec de réelles complications dues à la vaccination.

Comme mentionné plus tôt, dans de rares cas, des réactions allergiques graves ont été signalées. Elles ne concernent que 1 à 2 personnes sur 100 000 et peuvent être traitées. Dans les centres de vaccination, les médecins interrogeront les gens sur leurs antécédents allergiques avant l’injection afin de minimiser le risque de réaction indésirable.

Est-il possible que l’on découvre des effets à long terme plus tard ?

Nous devons garder à l'esprit que le délai dans lequel ces vaccins ont été mis au point est très court. Nous ne disposons donc pas encore de données sur les complications à long terme couvrant plusieurs années. Cependant, il faut se rappeler que les complications dues à un vaccin surviennent en général quelques jours ou semaines après la vaccination. Plusieurs millions de personnes ont été vaccinées au cours des six derniers mois et aucune conséquence à long terme n'a été documentée. De plus, toute personne qui se fait vacciner au Luxembourg bénéficiera d’un suivi.

D'autre part, nous savons que la maladie COVID-19 peut avoir des effets à long terme et qu’ils n’affectent pas uniquement les personnes à risque. Les personnes qui ont été en soins intensifs ont souvent besoin de plusieurs semaines, voire de plusieurs mois, pour se rétablir complètement après l'infection. En outre, environ 10 % de tous les patients atteints souffrent de graves conséquences sur le long terme telles qu'une diminution de la fonction pulmonaire, une myocardite, un dysfonctionnement rénal, une fibrose, une thrombose diffuse ou simplement une fatigue chronique. On ne sait pas encore si ces conséquences seront réversibles et quelles sont les personnes à risque. Ce qui est clair en revanche, c'est que les vaccins disponibles sont capables de nous protéger contre la maladie et ses conséquences avec une efficacité d'environ 95%.

Ne pourrait-on pas attendre quelques mois de plus avant de commencer la vaccination afin de recueillir plus de données ?

La probabilité de découvrir des effets secondaires de ces vaccins qui étaient inconnus jusqu'à présent est extrêmement faible. Retarder la vaccination voudrait non seulement dire prolonger les mesures de distanciation sociale en place, mais il faut aussi avoir conscience que la rapidité d'action est cruciale à ce stade.

Nous savons que les virus à ARN tels que le SARS-CoV-2 mutent constamment, ce qui modifie parfois leurs propriétés. Bien que le SARS-CoV-2 mute moins fréquemment que la grippe par exemple, le simple fait de son abondance dans le monde entier augmente le nombre absolu de mutations. Plusieurs nouveaux variants du virus ont déjà été identifiés au Royaume-Uni ou en Afrique du Sud, et semblent être plus contagieux. De façon générale, chaque mutation entraîne le risque de voir apparaître un nouveau variant qui échappe à la réponse immunitaire acquise grâce à la vaccination. Si nous attendons trop longtemps pour vacciner les gens, une mutation de ce type pourrait apparaître et nous risquons que le virus ne soit plus reconnu par les anticorps produits suite à la vaccination.

Un aspect positif est que la nouvelle technologie des vaccins à ARNm permet de réagir assez rapidement face à de telles mutations : le vaccin peut être adapté plus facilement qu’avec d’autres technologies. Toutefois, dans le pire des cas, il pourrait y avoir un délai de plusieurs semaines ou mois pendant lequel le virus se propagerait de nouveau. Il est donc important de parvenir à maîtriser le virus maintenant.

Nous devons garder à l'esprit que la vaccination n'est pas uniquement un choix personnel visant à se protéger. C'est le seul moyen efficace dont nous disposons pour maîtriser cette pandémie et atteindre le niveau d'immunité requis d'au moins 70 % de la population. Il faut aussi prendre en compte le fait que toute personne hospitalisée pour une pneumonie COVID 19, dans un service standard ou dans une unité de soins intensifs, ralentit l'accès aux soins pour les personnes souffrant d'autres maladies. Ces lits d'hôpitaux resteront disponibles si nous acceptons tous de nous faire vacciner.

 

Rencontre avec Gilbert Massard, directeur de l'enseignement en médecine et professeur titulaire au sein du département sciences de la vie et médecine de l'Université du Luxembourg

Le professeur Gilbert Massard est le directeur de l'enseignement en médecine et professeur titulaire au sein du département sciences de la vie et médecine de l'Université du Luxembourg. Il est spécialisé en oncologie thoracique, transplantation pulmonaire et en enseignement médical. Son investissement dans l'enseignement est illustré par plusieurs mandats : il est membre de la section de chirurgie cardiothoracique du Conseil national des universités françaises, président du Conseil européen de chirurgie thoracique et actuel directeur de programme au sein du conseil pour l'éducation de la Société européenne de pneumologie. Il est également le président de la Société européenne des chirurgiens thoraciques et le vice-président de la Société française de chirurgie thoracique et cardiovasculaire.

Pour en savoir plus sur Gilbert Massard.

 

 

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